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Nuria Frey

Honduras, décembre 2015 - décembre 2016
Nuria Frey

Nuria Frey (1987)

  • Bachelor de Sciences en Géosciences (Université de Bâle)
  • Master de Science en Géographie (Université de Berne)

De retour d'une année inoubliable au Honduras

Lorsque j’ai quitté la Suisse pour une année en Amérique centrale, je n’avais encore aucune véritable représentation de ce qui m’attendrait sur le terrain avec PBI, malgré une préparation intensive. Alors que la Suisse se préparait à fêter Noël, je suis arrivée dans la chaleur tropicale de Tegucigalpa ! Ce voyage combiné à mon intégration dans la petite équipe de PBI Honduras ont représenté de gros changements de vie. A partir de là, mon quotidien a été fait d’accompagnements, d’observations, de permanences de 24h, de réunions régulières avec les autorités et le corps diplomatique, de vie et de travail en commun avec l’équipe dans la maison PBI, d’analyses continues du contexte politico-social et de la sécurité ou encore de tâches administratives comme la comptabilité en espagnol. Mais j’ai été très vite à l’aise dans ce nouveau contexte et avec le travail de PBI.

Une année très spéciale

Mon année au Honduras a été marquée par de nombreuses urgences et quelques situations qui nous ont tous très touchés au sein de l’équipe !

Tout d’abord, nous avons vécu l’assassinat de Paola Barraza, coordinatrice du Groupe des femmes transexuelles de l’organisation LGBT Arcoiris accompagnée par PBI.

Quelques jours plus tard, des membres de l’organisation autochtone MILPAH, que PBI accompagne de manière indirecte ont été attaqués et menacés pour leur engagement contre deux projets illégaux de barrage sur leur territoire. Parmi les personnes visées se trouvait notamment Anna Mirian Romero qui a, par la suite, été récompensée par le Prix Frontline Defenders. Cependant, cette récompense n’a pas fait cesser les menaces ou attaques envers elle ou ses collègues.

Puis le coup de tonnerre, en mars 2016, avec l'assassinat de la défenseuse ultra connue Berta Cáceres ! Au moment des faits, le Mexicain Gustavo Castro, ami de Berta était présent. Il constitue le seul témoin du meurtre ce qui a notamment provoqué ensuite sa détention illégale par les autorités. Suite à ces événements, PBI a accompagné le COPINH – organisation des autochtones lenca cofondée par Berta Cáceres – de manière plus régulière. D’autres volontaires et moi avons pu observer de multiples actes de répression violente contre des manifestations ou commémorations qu’ils avaient organisées.

Autre moment fort pour moi : la visite que nous avons faite auprès de Kevin Ramírez qui vit dans le nord-ouest du pays où il s’oppose à des projets de barrages. Ces activités en font la cible de graves menaces, de même que sa famille. Nous avons documenté son cas dans une publication par la suite (à lire ici en anglais ou en espagnol).

La journaliste et activiste Dina Meza est l’une des personnes que PBI Honduras accompagne qui m’a le plus impressionnée. Elle-même accompagne entre autres bon nombre d’étudiants dans le cadre de son combat pour plus de démocratie dans les universités. A cause du journal en ligne qu’elle tient et qui est très critique en particulier sur le sujet de la liberté d’expression elle est victime de nombreuses menaces.

Finalement, en septembre 2016, c’est la maladie qui est venue prendre une autre très grande défenseuse des droits humains : Gladys Lanza. PBI l’accompagnait depuis juillet 2015.

Pourtant, cette année sur sol hondurien a aussi été très remplie de moments de joie et de rires avec les personnes accompagnées ou encore avec l’équipe ! A mes côtés dans la maison PBI, il y avait des volontaires d’Amérique latine, d’Europe et d’Amérique du nord. J’ai énormément apprécié cette diversité culturelle que j’ai vécue comme un enrichissement et pas seulement d’un point de vue culinaire ! Et puis, j’ai pu profiter de mes périodes de congé pour visiter les différents pays voisins …

Retour en Suisse

Voici déjà quelques semaines que mon engagement de terrain avec PBI s’est terminé et que j’ai laissé derrière moi la chaleur tropicale pour retrouver le froid de la Suisse et ses décorations de Noël. Les adieux au Honduras, aux personnes accompagnées et à l’équipe ont été très durs parce que j’ai eu le temps de m’attacher à bon nombre d’entre eux durant ces douze mois.

De retour sur sol helvétique, je ressens une très grande satisfaction quand je pense à mon année au Honduras. J’éprouve également une profonde gratitude d’avoir pu rencontrer ces admirables défenseuses et défenseurs des droits humains et d’avoir pu leur offrir quelques moments de tranquillité, au travers des accompagnements menés avec PBI. J’ai été bouleversée et très inspirée par leur courage et leur volonté de s’engager pour un avenir plus juste malgré toutes les menaces qu’ils reçoivent. Tous restent gravés dans ma mémoire.

Rétrospectivement, je pense que cette année avec PBI au Honduras représente la meilleure expérience de vie que j’ai eue jusqu’à aujourd’hui !


Avant le départ: " la solidarité est plus nécessaire que jamais "

Le 10 décembre prochain Nuria Frey s’envolera en tant que volontaire PBI vers le Honduras. Afin d’informer ses amis et ses proches sur son futur engagement, elle a organisé une fête de départ. De mon côté, comme j’effectue actuellement un stage pour PBI Suisse, j’étais aussi présente et j’ai pu suivre avec intérêt les différentes présentations sur le travail des volontaires de PBI, le projet au Honduras et les raisons qui poussèrent Nuria Frey à s’engager pour la protection des activistes des droits humains au Honduras.

Une quarantaine de personnes sont assises dans la salle de la Villa Stucki à Berne -  amis, famille et personnes intéressées par le sujet – écoutent Nuria qui leur raconte son futur travail avec PBI au Honduras. Après une courte introduction faite par Katia Aeby, responsable des volontaires à PBI Suisse, Nuria présente quelques données clés sur le Honduras et sur le projet dans lequel elle sera impliquée. Elle aborde les tensions politiques comme les guerres civiles dans les pays voisins, qui même si elles ne se sont pas propagées au Honduras, impliquent la circulation de nombreuses armes et explique aussi le putsch militaire survenu en 2009 et qui a produit une aggravation des conditions des activistes des droits humains. Enfin, elle parle des mégaprojets qui privent les petits paysans de leurs terres, de l’instauration de zones économiques spéciales qui permettent aux Etats étrangers de s’établir dans le pays ainsi que des nombreux problèmes environnementaux que cela crée. Bien sûr, le Honduras n’a pas que des faces sombres : la biodiversité du pays est très riche, on y trouve par exemple le deuxième plus grand récif corallien au monde.

S’engager pour la justice sociale

Qu’est-ce qui a motivé Nuria à s’engager un an au Honduras pour la protection des défenseurs des droits humains ? Pour elle, « la question de justice sociale est devenue centrale très rapidement ». Etant petite, elle assista au renvoi de l’un de ses camarades de classe dans son pays d’origine. Elle se demanda alors pourquoi ce genre de chose pouvait se passer et pourquoi tout le monde n’avait pas les mêmes chances et droits.

Aujourd’hui, elle est « fermement convaincue que la solidarité est plus que jamais nécessaire ». Toutefois, ce n’est pas seulement l’envie d’aider et de manifester sa solidarité envers d’autres personnes qui la motive : elle trouve aussi que « le domaine des droits humains est passionnant et diversifié ».

Est-ce que le travail est dangereux ?

Après la projection de l’impressionnant film documentaire de PBI intitulé Tierra del Maís, l’ancienne volontaire Valérie Elsig parle de travail quotidien de l’équipe PBI sur place, de la vie en communauté parmi des volontaires de diverses nationalités et l’impossibilité de séparer travail et temps libre. Cela permet au public présent de se faire une image précise du travail qui attend Nuria dans les prochains mois. Une des personnes dans le public demande si le travail n’est pas dangereux. Quelques rires isolés sont suivis d’un court silence. Oui, le travail des volontaires de PBI comporte un risque, mais une grande attention est portée sur la sécurité. Chaque situation est soigneusement analysée et les risques liés aux accompagnement minutieusement clarifiés. En outre, PBI travailler avec les autorités locales et les tient informées de son approche.

Ecoute, empathie et ouverture

Lors de l’apéro qui a suivi, beaucoup d’entre nous souhaitions encore discuter personnellement avec Nuria. Je tenais aussi lui poser une petite question : « quelles qualités et compétences doit-on apporter comme volontaire PBI, pour être capable de soutenir les défenseurs des droits humains ? ». Et Nuria de me répondre qu’il faut être capable d’écouter. « On doit faire preuve d’empathie, pouvoir comprendre des situations complexes, être ouvert à d’autres cultures et à d’autres personnes tout en sachant leur parler dans leur langue ». Elle parvient finalement au buffet (ou plutôt à la prochaine personne, ami ou parent, qui souhaite encore lui parler).

Avant le départ

La question de la justice sociale et de l'égalité des chances me préoccupe depuis que je suis petite. C'est ce qui m'a poussé à m'engager avec Peace Brigades International au Honduras, afin de protéger les Hommes qui se battent pour leurs droits fondamentaux là-bas. C'est avec plaisir mais aussi respect que j'attend impatiemment de rencontrer et d'accompagner les courageux défenseurs des droits humains au nom de PBI. J'espère que notre engagement au Honduras apportera une petite contribution en faveur de la paix et de la justice.

Membre de l'équipe de formation du projet Honduras
facing PEACE - März 2017
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Zurück von einem gefährlichen Pflaster in Lateinamerika
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