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Suisse/Kenya: Entretien avec Gacheke Gachihi

Suisse/Kenya: Entretien avec Gacheke Gachihi
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Gacheke Gachihi, défenseur des droits humain kenyan et co-coordinateur du Mathare Social Justice Center, organisation civile accompagnée par PBI, était parmi nous lors de sa tournée en Europe en avril. L’équipe de PBI a eu la chance de l’interviewer sur la situation dans son pays, l’augmentation de la criminalisation des défenseurs des droits humains et les difficultés rencontrées dans son travail. Dégradation du contexte kenyan.

Gacheke Gachihi, qui s’engage dans des organisations civiles de défense des droits humains, nous explique que la démocratie prend une tournure de plus en plus inquiétante depuis l’élection du nouveau gouvernement en 2013. Il constate une augmentation des arrestations de défenseuses et défenseurs des droits humains (DDH) ainsi que les difficultés grandissantes pour les ONG d’obtenir des permis de séjour. Selon Gacheke, la liberté que les Kenyans possédaient a diminué ces dix dernières années. Avec l’élection du nouveau président Uhuru Kenyatta en 2013, un processus qui se déroulait pour la première fois dans le cadre de la nouvelle Constitution, la réalité sociale a commencé à changer. Un climat d’hostilité s’est installé envers les mouvements et organisations de défense des droits humains.

Engagement des citoyens dans des organisations civiles

Dans cette situation où les espaces de liberté sont constamment réduits, les citoyens kenyans se mobilisent, trouvent des moyens pour contrebalancer cette criminalisation croissante, à l’image de Gacheke Gachihi, DDH et coordinateur du Mathare Social Justice Center. Cette organisation civile a pour but de rassembler la communauté du bidonville de Mathare pour créer un mouvement commun de défense des droits humains et contrer la criminalisation des défenseurs. Car le support de la communauté est très important pour renforcer le travail en faveur des droits humains et pour avancer dans la lutte contre les violations de ceux-ci. L’organisation informe également les habitants sur l’histoire des DDH dans le contexte kenyan, afin de rassembler les différentes ethnies dans un même mouvement de lutte pour les droits fondamentaux. « Le but est de créer une coalition inter-ethnique d’idées et de campagnes sur les droits humains. »

Mécanismes de criminalisation employés par le gouvernement kenyan

Bien que le droit d'exprimer ses revendications soit inscrit dans la Constitution, les DDH locaux sont régulièrement arrêtés durant les manifestations. Depuis la prise de pouvoir du nouveau président en 2013, les espaces de liberté d’expression sont de plus en plus restreints et les manifestations ou rassemblements sont toujours plus criminalisés. « Le plus grand défi auquel nous devons faire face est cette réduction de la liberté d’expression. » La non-reconnaissance du travail des DDH par le gouvernement fait partie des obstacles qu’ils doivent affronter. En outre, les forces de police interdisent les rassemblements et menacent les DDH tout en jouissant de l’impunité. En décembre 2014, lors d’un rassemblement pour créer une pétition adressée au parlement concernant la loi dite de « security bill » (visant à limiter les rassemblements), les participants furent arrêtés et emmenés au tribunal où ils reçurent sanctions et amendes. Les autorités ont également recours à la loi pour la sécurité pour arrêter les DDH au nom de la lutte contre le terrorisme, particulièrement dans les cas où les DDH sont impliqués dans des affaires de meurtres extra-judiciaires (ndrl : commis par des agents d’Etat). Cela permet aux autorités de garder durant de longues heures les DDH en garde à vue.

Moyens de protection utilisés par les DDH

La Commission nationale des droits humains est l’une des institutions vers laquelle se tourner pour reporter les violations. Par ailleurs, PBI Kenya a les moyens de diffuser de l’information ce qui créée un effet de loupe sur ces situations et permet de dissuader les autorités de passer à l’acte. PBI apporte un soutien fort aux DDH en les accompagnant par exemple aux postes de police, permettant ainsi aux DDH de faire entendre leur voix au niveau nationale et international. Ainsi, comme nous l’expliquait Gacheke : « Plus la visibilité est grande, plus la chance d’éviter les persécutions augmente ».

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