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«Enough is enough!» - Entretien avec Maryanne Kasina du Kenya

«Enough is enough!» - Entretien avec Maryanne Kasina du Kenya
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Maryanne Kasina est une défenseuse des droits des femmes au Kenya. Elle est co-fondatrice du Kayole Social Justice Center qui lutte contre la violence basée sur le genre et contre les brutalités policières. Dans un entretien avec Naïma Cottier, assistante en communication et recherche de fonds auprès de PBI Suisse, elle démontre la situation actuelle des femmes au Kenya et apporte des idées pour améliorer leur sort.

Impact de la pandémie au Kenya

La pandémie a détérioré la situation des femmes et des filles au Kenya. L'augmentation du chômage, le manque de produits de première nécessité, la fermeture des écoles et le confinement ont eu un impact négatif sur les violences domestiques et émotionnelles. Kasina souligne l’impact, sur le long terme, des écoles restées fermées; très probablement, les abandons scolaires se multiplieront, car les enfants doivent travailler pour aider leurs parents à subvenir à leurs besoins de base. Comme il n'y a que peu d'emplois disponibles, les jeunes garçons sont poussés à rejoindre des gangs de jeunes tandis que certaines filles doivent se prostituer. De nombreuses filles ne pourront jamais retourner à l'école en raison d’une grossesse adolescente. 

Lorsqu'on lui demande ce que le gouvernement devrait faire pour améliorer la situation, la réponse de Kasina est simple: il doit subvenir aux besoins de base. Cela inclut la nourriture, l'éducation, les soins de santé pour tous, des abris sûrs pour les femmes et davantage de logements abordables.

«La pauvreté, c'est de la violence. Quand il y a de la pauvreté, il y a de la violence» - Maryanne Kasina

Le manque de soutien du gouvernement pousse les défenseurs et défenseuses des droits humains, comme Kasina, à se battre pour leurs droits. Avec six autres femmes, elle a créé le Kayole Social Justice Center. Indépendamment des menaces qu'elles reçoivent de la police - les 'killer cops' comme elles les appellent -, elles défendent les femmes victimes de violence basée sur le genre ou de disparition forcée. Leur objectif est d'obtenir justice en documentant les cas et de donner aux femmes une protection, ainsi qu'un soutien mental et juridique.

Devoir se prostituer pour obtenir des produits menstruels

Le Kayole Social Justice Center plaide également en faveur de la gratuité des produits menstruels. Au Kenya, les produits menstruels sont considérés comme un bien de luxe. De nombreuses filles n’ont tout simplement pas les moyens pour en acheter. Par conséquent, beaucoup de filles abandonnent l'école dès qu'elles ont leurs règles. D'autres filles vont jusqu'à se prostituer pour obtenir des produits menstruels. Leur rareté entraîne une utilisation trop longue de ces produits, ce qui provoque souvent des infections. Comme dans la plupart des régions du monde, la menstruation est un grand tabou. Certaines communautés du Kenya considèrent la menstruation comme un mauvais présage et interdisent donc aux personnes qui ont leurs règles d'entrer dans la cuisine ou l'église. 

Pour rompre avec cette stigmatisation, le Kayole Social Justice Center organise des programmes de mentorat. L'objectif est d'informer les filles, les garçons et leurs parents sur la menstruation, les droits reproductifs et le droit de ne pas avoir honte de son corps. Pour un changement durable, il est important d'inclure tous les genres et tous les âges, explique Kasina.

«Nous exigeons des droits sexuels et reproductifs ainsi que des produits menstruels gratuits dans tous les espaces publics!» - Maryanne Kasina

Maryanne Kasina et le Kayole Social Justice Center reçoivent le soutien de PBI dans leur travail. En étroite collaboration avec les centres de justice sociale, PBI Kenya organise des formations de leadership et augmente la visibilité des problématiques au Kenya comme à l'international, tout en sensibilisant le public.

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