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Honduras / Suisse : Présentation du rapport indépendant sur le cas de Berta Cáceres

Honduras / Suisse : Présentation du rapport indépendant sur le cas de Berta Cáceres
KMV

En mai 2018, une délégation de l'organisation autochtone hondurienne COPINH s'est rendue en Suisse dans le cadre d’une tournée internationale afin d’informer la communauté internationale sur les succès et difficultés rencontrées dans la recherche de justice pour le meurtre de Berta Cáceres.

Le 3 mars 2016, Berta Cáceres, militante hondurienne environnementale et coordonnatrice du Conseil des organisations populaires et autochtones du Honduras (COPINH), a été assassinée. Les circonstances de sa mort restent incertaines, mais sa famille et les membres du COPINH estiment que le meurtre est lié à l’activisme de Berta Cáceres contre la construction du barrage Agua Zarca de l’entreprise Desarrollos Energéticos (DESA) à Rio Blanco. PBI accompagne le COPINH depuis 2016.

Cáceres a mené une campagne de résistance pacifique contre la construction du barrage. Celle-ci a, selon le COPINH, conduit les membres de l’organisation à souffrir d’oppression, de harcèlement sexuel, de criminalisation, d’expulsions violentes, pour aboutir à l’assassinat de Berta Cáceres. Le Ministère Public n'a pas encore ouvert d'enquête transparente et les commanditaires du meurtre sont encore inconnus.

Réunions à Genève

La fille de la défenseuse assassinée, Bertha Zúniga Cáceres, nouvelle coordinatrice du COPINH, s’est rendue en Suisse en mai 2018 pour informer la communauté internationale des avancées de l’enquête sur l’assassinat. Suite à la mort de Berta Cáceres, la famille de l’activiste avait exigé à l’État une enquête indépendante. Suite au refus de l’État hondurien, et sur demande du COPINH et de la famille de Berta Cáceres, un groupe consultatif international (GAIPE) a été fondé en novembre 2016 avec comme mandat de mener une enquête indépendante.  

Dans le cadre de cette visite, Bertha Zúniga Cáceres était accompagnée de Francisco Sánchez, Coordinateur du Conseil Indigène de Río Blanco ; Victor Fernández, avocat de la famille Cáceres et Miguel Urbina, membre de GAIPE. Ensemble, ils ont effectué une série de réunions à Genève et se sont notamment réunis avec les représentant-e-s des missions diplomatiques permanentes auprès des Nations Unies, le Bureau du Président du Conseil des Droits de l'Homme de l’ONU et le Haut Commissaire aux Droits de l'Homme Zeid Ra’ad Al Hussein.

L’histoire d’un assassinat

COPINH a expliqué lors de ces réunions comment le service de sécurité de l’entreprise DESA avait menacé et attaqué les habitant-e-s de Rio Blanco. Le groupe consultatif international a analysé plus de 10 000 pages de communication des employé-e-s de DESA et a ainsi pu exposer les stratégies de l'entreprise, allant de la cooptation de fonctionnaires judiciaires au renforcement des structures de sécurité non gouvernementales. Par des campagnes de diffamation, des infiltrations, des sabotages et des assassinats, l'entreprise a tenté de faire taire l'opposition du COPINH.

En outre, les experts ont démontré que des institutions financières internationales telles que la banque néerlandaise de développement (FMO) ou la Banque centraméricaine pour les migrations économiques, finançaient le projet Agua Zarca de DESA, même si elles connaissaient les méthodes employées par l’entreprise et n’ont pris aucune mesure pour faire garantir le respect des humains. Le FMO a définitivement retiré son soutien au projet Agua Zarca en juillet 2017.

Les avocats ont présenté quelques-unes des nombreuses irrégularités qui ont entaché l'enquête. Celle-ci n’a pas été menée minutieusement et tous les suspects n’ont pas été interrogés. Le Ministère Public n’a partagé qu’environ 10% des informations qu’il possédait avec la partie plaignante et les accusés, violant ainsi le droit d'équité. Enfin, parmi les neuf personnes arrêtées, selon le COPINH, aucune ne fait partie des auteurs intellectuels à l’origine de l'assassinat de Berta.

Un cas emblématique de l'impunité dans le pays

L’avocat Miguel Urbina a souligné à plusieurs reprises que l'affaire Berta Cáceres est un exemple emblématique de l'impunité qui règne au Honduras et du caractère arbitraire du système judiciaire hondurien. Celui-ci promeut une alliance entre le système financier international, le gouvernement et les entreprises privées. L’avocat Victor Fernández a ajouté de son côté que de nombreux villages du Honduras avaient fait les frais de cette même alliance. Depuis 2010, plus de 120 activistes qui s'opposent à des projets miniers, des barrages et des projets forestiers ont été assassiné-e-s au Honduras.

Bertha Zúniga et sa famille ont encore beaucoup de travail devant elles pour que toutes les personnes impliquées dans le meurtre de Berta Cáceres soient traduites en justice. Mais la défenseuse assassinée restera encore longtemps un symbole de la lutte des peuples autochtones du Honduras pour la protection de l'environnement et du territoire.

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