S'engager > Sur le terrain > Anciens volontaires > Corsin Blumenthal 
Imprimer

Guatemala, dès janvier 2016

Corsin Blumenthal

Corsin Blumenthal (28)

Master en World society and global governance, Université de Lucerne


Entre découragement et espoir

Depuis début février, je suis de retour en Suisse. Globalement, ce fut une année intense et pleine de défis, mais aussi passionnante et très variée. J’ai eu un aperçu considérable du travail de PBI pour les droits humains et de la société civile guatémaltèque.

Vendredi 22 juillet 2016, 21h54: Ma collègue et moi sommes assis devant l’ordinateur, où nous écoutons une diffusion live sur internet : « Nous demandons aux autorités (…) et au procureur de ne pas criminaliser les communautés autochtones. Nous avons tous le droit de vivre en paix et de construire un meilleur pays. (…). Nous nous adressons aussi aux entreprises : ne criminalisez pas le comportement de nos frères guatémaltèques. (…) Le droit est un instrument de justice et ne doit pas être utilisé par le pouvoir comme un instrument de dominance. » Ce sont ces paroles de la juge Yassmin Barrios, qui siège au Tribunal de risques majeurs, que l’on devrait garder en tête pendant notre année avec PBI et qui permettent d’espérer une évolution vers un monde plus juste. Et pourquoi cela ?

« Il est nécessaire de voir des lueurs d’espoir et de ne pas se résigner »

Après 36 ans de conflits internes qui s’éternisent, c’est en 1996 que sont signés les accords de paix du Guatemala. Malgré la fin de la guerre, l’accompagnement et l’observation de PBI restent nécessaire. Les défenseuses et défenseurs des droits humains (DDH), en raison de leur travail, continuent d’être intimidés, menacés, criminalisés, voir même assassinés. Selon le rapport de l’UDEFEGUA (organisation guatémaltèque de défense des droits humains), il y a eu 223 attaques envers des DDH en 2016, dont 14 meurtres et 7 tentatives d’assassinat. Pendant mon engagement pour PBI, j’ai moi-même vécu ce que cela signifie quand un activiste voit sa vie menacée.

En raison du grand nombre d’articles négatifs, des avancées peu visibles des questions liées aux droits humains, de la criminalisation des DDH, des importantes inégalités sociales, etc., il est souvent difficile de discerner les évolutions positives et les lueurs d’espoir, perçues lors de mon année sur place. Pourtant, ces lueurs sont fondamentales car elles permettent de ne pas se résigner et de garder espoir. Bien plus, elles donnent un regain de force pour défendre les droits humains.

Jugement historique

Les paroles de Yassmin Barrios, citées plus haut, sont tirées du jugement de sept leader autochtones. Ceux-ci ont été acquittés après une année de détention pour avoir défendu le droit à l’eau et les droits de leur peuple. Dans son jugement historique, le tribunal a relevé que les entreprises hydroélectriques et les fonctionnaires de justice ont une stratégie de criminalisation des mouvements sociaux et des leaders autochtones du département de Huehuetenango. La juge Barrios a expliqué par la suite : « Nous, les juges, ne devons pas être instrumentalisés. Ce n’est pas possible que des personnes soient arrêtées sans preuve. Dans cette affaire, il n’y en avait pas et les accusés ne sont pas coupables. Ils ont été inculpés d’une manière injustifiée comme leaders autochtones (…). Nous sommes en 2016 (…) pas au temps de l’Inquisition ! » Pour la première fois dans l’histoire du Guatemala, un tribunal a donné raison aux communautés autochtones et paysannes, qui dénoncent depuis des années cette criminalisation. Lors de l’audience, PBI a accompagné un collectif d’avocats qui défend l’un des accusés.

Comme je l’ai dit plus haut, de telles lueurs d’espoir sont centrales, afin de ne pas perdre courage pendant notre année sur le terrain et pour y puiser un nouvel espoir (pour moi personnellement, comme pour l’équipe et pour les activistes guatémaltèques). Ces succès ponctuels ne dissimulent cependant pas que la situation reste précaire pour les activistes au Guatemala. Il est évident que les stratégies de criminalisation, malgré des acquittements, ont fonctionné et fonctionnent toujours. On peut le constater par la détention provisoire pendant plus d’un an des accusés. J’ai le plus grand respect pour les innombrables activistes qui mettent leurs vies en jeu depuis des années en raison de leur travail pour les droits humains, qui ne se laissent pas intimider et qui, malgré les conditions difficiles, ne perdent pas l’espoir qu’ils peuvent faire une différence.

Retour en Suisse

Depuis début février, je suis de retour en Suisse. Les adieux n’ont pas été faciles après une année au cours de laquelle j’ai tissé des relations étroites avec mes collègues volontaires, ainsi qu’avec plusieurs DDH et avec le pays. C’était très intéressant pour moi de connaitre personnellement les activistes. Néanmoins, je me réjouissais aussi beaucoup de revoir ma copine, ma famille et mes amis en Suisse. Globalement, ce fut une année intense et pleine de défis, mais aussi passionnante et très variée. J’ai eu un aperçu considérable du travail de PBI pour les droits humains et de la société civile guatémaltèque.


Premiers pas au Guatemala

C’est parti ! Le 23 janvier, tôt le matin, j’ai définitivement pris congé de la Suisse. Une nuit forcée à Miami et soixante heures de vol plus tard, me voilà à Guatemala Ciudad ! Heureusement, il me reste encore une semaine de vacances avant le début de mon contrat de travail.

Débuts administratifs et scolaires

Mes deux premières semaines au sein de l’équipe de PBI ont été remplies de nombreuses séances d’introduction thématique : informations sur les organisations accompagnées, sur la situation du pays, sur les protocoles de sécurité de PBI, sur la vie et le travail dans l’équipe, … Facile, j’ai l’habitude avec l’université : écouter, noter et lire des documents.

Parallèlement à ces introductions, j’avais un autre objectif urgent : obtenir le plus rapidement possible un permis de séjour. Pour ce faire, j’ai dû me rendre à plusieurs reprises dans les bureaux des migrations guatémaltèques mais aussi discuter avec l’avocat de PBI Guatemala et passer à l’ambassade de Suisse. Enfin, après deux semaines, j’avais enfin en main tous les papiers nécessaires et j’ai pu aller les déposer auprès des autorités migratoires. A partir de ce moment, j’ai été officiellement autorisé à travailler pour PBI et à accompagner des défenseuses et défenseurs des droits humains (DDH).

Mon travail sur le terrain

Après les deux premières semaines passées au bureau, j’ai donc enfin pu accompagner des DDH durant leur travail. Voici quelques exemples de ces activités de terrain :

  • Accompagnement d’un collectif d’avocats lors de plusieurs audiences liées au processus de gestion du passé (plus de détails ci-dessous) ;
  • Observation de réunions entre différentes organisations qui se battent contre des mégaprojets en particulier dans les secteurs minier et hydroélectrique ;
  • Accompagnement de DDH victimes de campagnes de criminalisations à leurs procès ;
  • Présence lors de diverses manifestations pacifiques. En plus de ces différents accompagnements physiques, le dialogue avec les autorités est un élément important de mon travail.

Jusqu’à présent, je n’ai pu rencontrer que des représentants d’autorités nationales, par exemple la police, des maires de différentes localités ou encore des gouverneurs de différents départements. Mais, c’est cette semaine que j’ai ma première réunion PBI au niveau international avec l’ambassade suisse au Guatemala. Objectifs : présenter notre organisation, afin qu’ils soient au courant qu’il existe une présence internationale sur place (créer une pression subtile) et qu’ils sachent ce que l’on fait et exprimer notre préoccupation par rapport aux violations des droits humains commises au Guatemala.

Mis à part ces activités en dehors, nous passons une (grande) partie de notre temps au bureau car cela fait partie de notre travail : écrire les rapports sur les accompagnements et réunions réalisés, contacts téléphoniques avec les DDH, rédiger des textes dédiés aux brochures d’information, gérer les finances de l’équipe, etc. Nos jours de travail officiels vont du dimanche au vendredi. Le samedi est notre jour de congé (lorsque nous n’avons pas de demande d’accompagnement) et le dimanche nous avons toujours notre réunion d’équipe pour discuter du plan de la semaine à venir. Ensuite, les heures de travail s’organisent en fonction du rythme biologique de chacun des membres de l’équipe.

Douze à la maison

Parlons justement de l’équipe, car en dehors de notre travail pour les droits humains, il nous faut aussi réaliser des tâches plus domestiques : nettoyer, cuisiner et faire les courses. C’est que la vie en colocation à douze ne doit pas devenir un cauchemar ! Pour éviter cela, nous disposons d’un plan très clair qui prévoit qui doit faire quoi et quand dans la maison. Chacun s’occupe de son déjeuner et de son dîner mais le souper est cuisiné chaque soir par un membre différent de l’équipe pour tout le monde. Cuisiner pour douze personnes n’est pas facile surtout lorsqu’il faut encore tenir compte des allergies et des préférences de chacun (végétarien ou végan).

Jusqu’à présent la vie et le travail en communauté ont très bien fonctionné bien que nos pièces soient étroites et il existe une très bonne dynamique d’équipe, ce qui est indispensable pour la réussite de notre travail. Actuellement, l’équipe est composée d’une Canadienne, d’un Mexicain, d’une Chilienne, de quatre Espagnoles, d’une Française, d’un Allemand, d’un Italien et de deux Suisses. Et puis, nous avons aussi quelques animaux de compagnies qui se sont invités : des cafards, des moustiques et un iguane.

Un mot sur la situation politique

Pour ceux que cela intéresse, voici quelques articles (en allemand) sur le sujet :

Un article sur le mouvement de résistance pacifique de La Puya que nous accompagnons. Le cas montre clairement qu’au Guatemala les entreprises internationales et l’oligarchie disposent d’un pouvoir extrême et ne tiennent pas compte des intérêts du peuple. Une grosse partie des organisations accompagnées se battent pacifiquement contre des mégaprojets qui seront construits ou sont construits sans aucune consultation des populations locales et qui mettent en danger leurs conditions de vie.

Plusieurs articles qui abordent la gestion du passé (guerre civile 1960-1996) :

- Le cas du jugement historique de Sepur Zarco qui a eu lieu fin février. Pour la première fois, l’esclavage sexuel durant une guerre civile a été jugé et condamné devant un tribunal national. En tant que représentant de PBI, j’étais personnellement présent lors de la prononciation du jugement. Cliquez ici et ici.

- Le procès du génocide : en mai 2016, sera rouvert ce procès fleuve contre l’ancien général Rios Montt et contre son agent secret Rodriguez Sanchez, tous deux accusés de génocide ethnique et de crime de guerre. Dans cette affaire, nous accompagnons un collectif d’avocats soutenant la partie civile. Cliquez ici et ici

Dans les prochains mois, d’autres procès importants auront lieu, pour rendre justice aux horreurs commises dans le passé. A suivre dans mes prochaines lettres !


Fête de départ

Le 16 janvier 2016, Corsin Blumenthal a organisé une fête de départ entouré de ses proches et de ses amis. A cette occasion, le public a pu en apprendre d'avantage sur le travail de PBI au Guatemala. La conseillère nationale bernoise Regula Rytz présente lors de la soirée a souhaité tout le meilleur aux futurs volontaire sur le terrain.

Corsin Blumenthal ouvre les festivités
Katya Aeby raconte son expérience PBI au Guatemala
Corsin avec Andrea Nagel (PBI) et Regula Rytz (à droite)
Les spécialités grisonnes à l'honneur pour l'apéro !

Avant le départ

Lorsque je raconte à mes proches et à mes amis que je m’en vais au Guatemala avec PBI en tant qu’observateur des droits humains, l’une des premières questions que l’on me pose c’est : « Mais, ce n’est pas dangereux ? ». A chaque fois, je poursuis en donnant des explications sur le projet et sur mes futures activités. Je leur montre qu’il existe déjà un grand savoir-faire sur place, que la situation de risque est analysée en permanence et que des mesures de sécurités très strictes sont suivies.

Personnellement, c’est une tout autre question qui me préoccupe et qui n’est pas directement liée au travail en faveur des droits humains : « Comment est-il possible de vivre pendant un an avec neuf autres volontaires dans la même maison et, toujours dans cette même maison, de travailler tous les jours de la semaine ? ».

Je dispose déjà d’une première (petite) impression sur le sujet grâce à la semaine de formation organisée par le projet PBI Guatemala dans une maison située sur la frontière franco-belge. Isolés et sans réseau, nous (moi et onze autre « potentiels » volontaires) n’avons eu d’autre choix que de nous concentrer sur deux thèmes : transmission d’informations et travaux de groupes autour du projet au Guatemala.

Cette semaine m’a renforcé dans mon idée de partir sur le terrain. Très rapidement, une très bonne dynamique de groupe s’est développée car nous avions tous des motivations similaires et le même objectif en tête : accompagner des défenseuses et défenseurs des droits humains menacés au Guatemala. Nous voulons tous être – comme on dit en espagnol – un « granito de arena » (un grain de sable) sur le chemin d’un avenir où les droits humains seront respectés sans « si » et « mais ». C’est donc avec joie que je considère mes prochaines activités de terrain et la vie en équipe au Guatemala.



Peace Brigades International
deutsch | français