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14 septembre 2010 - 14 septembre 2015 : Cela fait déjà cinq ans que l’activiste colombien des droits humains David Ravelo Crespo est emprisonné à la suite d’une parodie de procès. Pour marquer ce cinquième anniversaire, une coalition constituée de plus de trente ONG internationales - dont font partie PBI, ACAT-France et l’OMCT –  a rendu public un communiqué conjoint dans lequel elle exprime sa préoccupation vis-à-vis du maintien en détention de David Ravelo au terme d’un procès inéquitable qui l’a condamné à 220 mois de prison, soit plus de 18 ans.  

Devant le status quo que connaît visiblement ce dossier depuis cinq ans, la coalition déclare espérer du système judiciaire colombien la prise en compte rapide des deux principales irrégularités soulevées dans sa déclaration, en vue de garantir un procès équitable. De leur côté, les avocats de David Ravelo Crespo ont porté l’affaire devant la Commission interaméricaine des droits de l’homme (IACHR) et sont dans la phase de collecte des documents requis pour soutenir leur cause.

David Ravelo jugé à plus de 18 ans de prison pour un crime qu'il affirme ne pas avoir commis

Formé en économie, David Ravelo est l'un des fondateurs de la Corporation régionale pour la défense des droits humains (CREDHOS), ainsi que membre du Mouvement national des victimes de crimes d’Etat (MOVICE) - deux organisations accompagnées par PBI.

Alors qu'il était Conseiller municipal de Barrancabermeja en 1993, David Ravelo Crespo a été accusé et détenu une première fois pour Actes de rébellion et Liens présumés avec la guérilla.

Avant son deuxième arrestation en 2010, il avait mené des actions en justice pour des crimes commis contre la population civile, ce qui lui a porté de nombreux préjudices face aux groupes paramilitaires à Barrancabermeja. Il est emprisonné depuis septembre 2010 et jugé en 2012 à plus de 18 ans de prison pour complot et homicide aggravé. Selon des experts, son procès n'est pas blanchi de soupçons de graves irrégularités. Depuis, le cas David Ravelo est devenu l'un des cas emblématiques colombiens de la criminalisation des défenseurs des droits humains.

Une première arrestation en 1993

En 1993 David Ravelo est accusé de rébellion pour liens avec les Forces armées révolutionnaires colombiennes (FARC). Gardé en détention jusqu'en 1995, soit durant 27 mois, le défenseur a toutefois été acquitté de toute charge pour manque de preuves. Le gouvernement a été exhorté d'offrir une compensation à M. Ravelo pour détention arbitraire, mais les années qui ont suivi sa première arrestation ont toutefois été emplies de menaces de mort, que ce soit envers lui directement ou contre sa famille proche.

Portrait de David Ravelo
Manifestation à Barrancabermeja

Deuxième mandat d'arrêt en 2010

Malgré le manque de motifs prouvant sa culpabilité, Ravelo est à nouveau arrêté en septembre 2010. En plus d'être accusé d’entretenir des contacts avec les FARC, il est également suspecté d'avoir participé au meurtre du candidat à la mairie de Barrancabermeja, David Núñez Cala, en 1991. Le mandat d’arrêt pour conspiration et homicide est basé sur la déposition faite par les paramilitaires Mejía Mario Jaimes et Fremio Sánchez Carreño, et a été délivré par le procureur de l’unité anti-terrorisme du Ministère public colombien. Selon la défense de Monsieur Ravelo, il semblerait que le procureur en question n'aurait pas légalement eu le droit d'exercer ses fonctions.

Le procès débute en Août 2011 mais ce n’est qu’en décembre 2012, après plus de 26 mois de privation de liberté, que David Rovelo est finalement jugé coupable. La sentence est de 18 ans de prison, et ce pour un crime qu’il certifie ne pas avoir commis.

PBI accompagne CREDHOS depuis 1994
Manifestation en faveur de CREDHOS

Demande d'abolition de la sentence

Le 11 février 2014, la défense de M. Ravelo, Alirio Uribe, a présenté devant la Cour suprême de Bucaramanga (Santander) une demande d’abolition de la décision du tribunal. David Ravelo affirme que les accusations retenues contre lui sont basées sur de faux témoignages, et qu’elles découlent du fait qu’il ait identifié l’ancien président Alvaro Uribe en entretien avec des paramilitaires en 2007. De plus, les décideurs nationaux et internationaux ainsi que des membres du corps diplomatique affirment que la procédure pénale ne respecte pas le droit à un procès juste et que de nombreuses irrégularités dans le procès ont eu lieu. Premièrement, selon la défense de David Ravelo, les deux témoins principaux sont deux paramilitaires dont les récits se contredisent et manquent de constance. Tous deux ont été accusés d’assassinat et autres crimes préalablement dénoncés par CREDHOS et par Ravelo lui-même. Selon l'avocat de Monsieur Ravelo, il est clair que les groupes paramilitaires colombiens prennent systématiquement pour cible les défenseurs des droits humains, et qu’ils cherchent maintenant à les faire taire, voir disparaître, par la voie de la justice (criminalisation).

De plus, un autre témoin du procès affirme avoir été approché par ces derniers, qui auraient tenté de le soudoyer afin qu’il accepte la responsabilité du meurtre de Cala et qu’il incrimine Ravelo. La défense met également le doigt sur le fait que le procureur et le bureau de l’inspecteur général se basent sur le témoignage de trois individus et ne font pas référence à plus de 30 témoins qui affirment que les propos de ceux-ci sont faux.

C'est pourquoi PBI ainsi que d’autres organisations internationales demandent, dans une déclaration publique, la mise en œuvre du recours soumis et la libération de David Ravelo.

Chronologie

Année

Evènement

1993

Première arrestation pour rébellion

1995

Faute de preuves, Ravelo est acquitté

Septembre 2010

Deuxième arrestation pour complot et homicide

Août 2011

Début du procès 

Décembre 2012

Le jugement tombe : 18 ans de prison

Février 2014

Demande d’abolition de la sentence et déclaration publique des organisations internationales

Février 2015

La Court Suprême déclare irrecevable le pourvoi en cassation formulé par les avocats de David Ravelo.

Septembre 2015

Une coalition d’ONG exprime son inquiétude au sujet du maintien en détention de David Ravelo cinq ans après une parodie de procès.

Septembre 2015

La défense de David Ravelo porte l’affaire devant la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme (IACHR).




Liens


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