En Colombie, le boom des agrocarburants modifie la dynamique des conflits et tend à les aggraver. Dans la lutte pour le partage des terres, opposant généralement les communautés indigènes aux forces de sécurité, à l’armée ou aux groupes armés, se greffent désormais les entreprises de production d’huile de palme. Les organisations partenaires de PBI se confrontent de plus en plus aux multinationales, lesquelles profitent du laxisme des gouvernements.
Le palmier à huile d’Afrique est un produit du marché colombien depuis 1950. D’utilisation nationale d’abord, son exploitation s’est fortement accrue pour finalement s’étendre aux marchés internationaux en 1990. Dès ce moment, l’expansion des zones destinées à la monoculture a fortement aggravé le conflit.
En avril 2006, PBI a accompagné des membres de communautés dépossédées de leurs terres dans le département du Chocó, sur la côte pacifique. Sous la pression de l’Opération Genesis menée en 1997 par des paramilitaires et l’armée, les indigènes ont dû abandonner leurs terres, laissant ainsi place à de grandes entreprises d’exploitation de palmiers à huile. Malgré la déclaration, en 2005, de la Cour interaméricaine des droits de l’homme sur l’illégalité de l’extension des cultures de palmiers à huile aux territoires traditionnellement occupés par des communautés indigènes et afrocolombiennes, aucun dédommagement n’a été versé. Visant la récupération de leurs terres, les paysans ont entrepris d’abattre les palmiers largement étendus. Grâce au soutien d’acteurs locaux et à l’accompagnement international d’organisations telle que PBI, les indigènes se sont remis à cultiver leurs terres pour leur propre subsistance. Cette lutte leur vaut toujours de graves menaces provenant des services de sécurité des palmiculteurs, des autorités locales et de la police. Deux personnes ont notamment échappé de justesse à une tentative d’assassinat.
La culture de palme à huile et la production d’agrocarburants sont ainsi devenus un modèle de développement pour la Colombie. Mais ce modèle ne laisse que deux options aux populations locales : la soumission ou la fuite. Pire, les expropriations illégales engendrent d’alarmantes violations des droits humains et une violence extrême qui aggrave profondément les conflits existants.
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