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01.05.2017

[2/2] Disparitions forcées au Guatemala: Le cas Molina Theissen

Deux grandes affaires de disparitions forcées commises durant la guerre civile sont passées en jugement pendant la période d’engagement de Corsin au Guatemala, entre février 2016 et février 2017 ; il s’agit des cas CREOMPAZ et Molina Theissen, qui sont toujours en cours aujourd’hui. Il a ainsi eu l’occasion de se rendre au tribunal à plusieurs reprises au cours des procès, dans le cadre de son engagement volontaire sur le terrain.

De retour en Suisse depuis deux mois, Corsin revient ici sur le cas Molina Theissen, dans lequel les volontaires PBI ont effectué un travail d'observation internationale durant les audiences.

Le cas Molina Theissen

Le 27 septembre 1981, Emma Guadalupe Molina Theissen se rendait à Quetzaltenango, lorsqu’elle est arrêtée au cours d’un contrôle et est emmenée sur une base militaire. Les autorités militaires les avaient identifiées, elle et sa famille, comme opposants politiques. Pendant neuf jours, Emma est détenue illégalement, torturée et violée, jusqu’à ce qu’elle parvienne finalement à s’enfuir. Un jour après sa fuite, trois hommes armés se rendent dans la famille d’Emma et kidnappent son frère de 14 ans, Marco Antonio Molina Theissen. Il n’a jamais été retrouvé à ce jour. La famille d’Emma a estimé que cet enlèvement constitue un acte de représailles pour sa fuite. Emma s’est réfugiée au Mexique en 1982 et vit en exil au Costa Rica depuis 1985.

Plus de 300 éléments de preuves

Etant donné que l’Etat guatémaltèque ne s’est pas occupé de cette affaire, c’est la Cour interaméricaine des droits de l’homme qui a enquêté et condamné le Guatemala en 2004. Dans sa résolution, la Cour a expliqué qu’il était du devoir de l’Etat guatémaltèque de retrouver les restes de Marco Antonio et de le ramener à sa famille. Il a également été exigé du Guatemala qu’il enquête sur cette disparition et sanctionne les responsables. En janvier 2016, le ministère public a finalement arrêté quatre anciens militaires de haut rang qui auraient été impliqués dans l’enlèvement de Marco Antonio et dans les crimes contre Emma. Un autre ex-militaire de haut rang a été arrêté en lien avec cette affaire en août 2016. Les audiences se sont prolongées car la défense a déposé différents recours. Les anciens militaires ont nié toute responsabilité et, jusqu’à la fin des audiences, ont demandé l’abandon de la procédure. L’accusation a cependant présenté plus de 300 éléments de preuve à charge.

Tensions au cours du procès

Les audiences ont généralement eu lieu dans une petite salle de justice, qui n’avait souvent pas assez de places pour contenir toutes les personnes intéressées. Les amis et membres de la famille Molina Theissen étaient donc assis à côté des familles des accusés, ce qui a généré de fortes tensions. De plus, des protestations à l’encontre du procès avaient aussi lieu devant le palais de justice, certains criant par exemple « Mentira Theissen » (Theissen ment).

Bien plus, ils accusent la famille Molina Theissen de vouloir obtenir une réparation financière et dénoncent un procès uniquement politique. Cela montre bien qu’encore aujourd’hui, la réouverture de l’histoire et la condamnation de personnes ayant commis des violations des droits humains présentent un fort potentiel de conflit au Guatemala. Les volontaires PBI étaient donc présents au cours du procès, de même que des représentants du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits humains et de diverses organisations, afin de limiter les incidents grâce à la pression de la communauté internationale. C’est finalement au mois de mars 2017 que le juge du Tribunal des risques majeurs de Guatemala City a décidé qu’il existait assez de preuves pour rendre son jugement.

Plaza Pública - Marco Antonio: El niño con el que el Ejército cobró venganza (en espagnol)

Inter-American Court of Human Rights - Case of Molina-Theissen v.Guatemala (en anglais)

Définition "disparition forcée" - PBI Suisse

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